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Les difficultés psychiques d’aujourd’hui à la lumière de la recherche : syndrome de Peter Pan, masque souriant, narcissisme numérique, fatalisme, se faire passer en dernier et addiction

Ne pas vouloir grandir, un visage souriant mais épuisé, les selfies et l’amour de soi, l’idée que « rien ne changera », l’habitude de toujours passer en dernier, une soif jamais apaisée. Six difficultés psychiques souvent évoquées, examinées à la lumière de la recherche.

Dernière révision 2026-09-29

Cet article est une information générale destinée à aider à comprendre. Si la dépression ou une addiction fait s’effondrer votre quotidien, faites-vous aider par un professionnel. Contactez le numéro d’urgence local ou une ligne d’écoute (en France, le 3114, ou Drogues Info Service au 0 800 23 13 13).

La recherche derrière les mots à la mode

Des expressions comme « syndrome de Peter Pan » ou « syndrome du masque souriant » rendent certains états d’esprit faciles à se représenter. Mais la plupart ne sont pas des diagnostics officiels. Relisons ici six de ces expressions, une par une, à travers la recherche qui les sous-tend.

Le syndrome de Peter Pan : l’âge adulte arrive peut-être simplement plus tard

Le « syndrome de Peter Pan » est une expression employée par le psychologue Kiley (1983) dans un livre grand public pour décrire des hommes qui fuient les responsabilités et refusent de grandir. Il n’a pas de critères diagnostiques.

Le psychologue du développement Arnett (2000) a proposé un autre regard. Dans les sociétés industrialisées, les études s’allongent et l’emploi comme le mariage arrivent plus tard ; les années de 18 à 29 ans environ sont ainsi devenues une période à part, l’« âge adulte émergent » : un temps d’exploration identitaire, d’instabilité et de possibilités ouvertes. Endosser tard les rôles d’adulte n’est donc pas forcément le signe d’une immaturité individuelle. Mais si l’on fuit sans cesse les responsabilités et que relations ou emplois s’effondrent à répétition, ce schéma mérite d’être examiné.

Le masque souriant : quand on refoule ses émotions derrière un sourire

Le « syndrome du masque souriant » est le nom donné dans les années 1990 par le psychiatre japonais Makoto Natsume aux personnes qui doivent toujours sourire et s’épuisent en silence.

Du point de vue de la recherche, cela rejoint les questions du travail émotionnel et de la suppression des émotions.

  • La sociologue Hochschild (1983) a appelé travail émotionnel la gestion du sourire par les hôtesses de l’air dans le cadre de leur travail.
  • Une méta-analyse de trente ans de recherches montre que le jeu de surface — afficher des émotions qu’on ne ressent pas — est nettement lié à l’épuisement émotionnel (Hülsheger & Schewe, 2011).
  • Les personnes qui refoulent habituellement leurs émotions tendent à ressentir moins d’émotions positives et à être moins satisfaites de leurs relations (Gross & John, 2003).

Si vous êtes si vidé qu’en rentrant chez vous les mots ne viennent plus, il importe de préserver des moments et des personnes avec qui vous n’avez pas à jouer un rôle. Vous pouvez évaluer votre charge actuelle avec le test de travail émotionnel d’OIYO.

Le narcissisme numérique : les selfies nourrissent-ils l’amour de soi ?

Twenge et al. (2008) ont rapporté une hausse des scores de narcissisme des étudiants américains d’une génération à l’autre, mettant en garde contre une « épidémie de narcissisme ». Des travaux ultérieurs sur des données plus vastes ont toutefois montré que le narcissisme avait plutôt légèrement baissé entre les années 1990 et 2010 (Wetzel et al., 2017).

Certaines études trouvent un lien faible entre la publication fréquente de selfies et les scores de narcissisme (Sorokowski et al., 2015), mais les preuves que les selfies créent le narcissisme manquent. On publie des photos pour bien des raisons : garder une trace, communiquer, s’amuser. Si vos propres tendances vous intriguent, consultez le test de narcissisme.

Le fatalisme : « de toute façon, rien ne changera »

Rotter (1966) distinguait le lieu de contrôle interne, la conviction que les résultats dépendent de nos actes, du lieu de contrôle externe, la conviction qu’ils dépendent de la chance ou des autres. Les travaux de Seligman sur l’impuissance apprise ont montré que des expériences incontrôlables répétées peuvent amener à cesser d’essayer ; des recherches ultérieures ont révisé la théorie dans le sens d’un sentiment de contrôle qui peut s’apprendre et se reconquérir (Maier & Seligman, 2016).

La personnalité change aussi plus qu’on ne le croit. Une méta-analyse d’études longitudinales montre que la conscienciosité et la stabilité émotionnelle augmentent en moyenne régulièrement de la vingtaine au milieu de la vie (Roberts, Walton & Viechtbauer, 2006). On ne peut pas changer les pages déjà écrites, mais les pages blanches sont toujours là.

Se faire passer en dernier : prendre soin de soi, est-ce égoïste ?

L’habitude de toujours s’occuper des autres d’abord et de se garder pour la fin est difficile à tenir dans la durée. Neff (2003) a proposé l’autocompassion : se traiter comme un ami proche quand les choses sont dures. Une méta-analyse montre que les personnes plus autocompatissantes présentent moins de dépression et d’anxiété (MacBeth & Gumley, 2012).

L’autocompassion n’est ni de l’autojustification ni de la paresse. Elle ressemble plutôt au fait de reconnaître ses erreurs sans se flageller. Prendre soin de soi, c’est aussi préserver la force d’aider les autres sur la durée. Vous pouvez voir comment vous vous traitez avec le test d’autocompassion d’OIYO.

L’addiction et les « fantômes affamés » : une soif jamais apaisée

Dans le bouddhisme, les fantômes affamés sont des êtres au ventre énorme et à la gorge fine comme une aiguille, jamais rassasiés quoi qu’ils mangent. Dans Dans le royaume des fantômes affamés (Maté, 2008), le médecin Gabor Maté reprend cette image pour inviter à comprendre l’addiction comme une tentative d’apaiser la souffrance.

Plusieurs approches expliquent l’addiction.

  • Le modèle de la maladie du cerveau : l’usage répété modifie les circuits de la récompense, de la motivation et de la maîtrise de soi (Volkow, Koob & McLellan, 2016). Il a ses détracteurs, mais la nécessité de tenir compte des changements cérébraux reste jugée importante (Heilig et al., 2021).
  • Le rôle de l’environnement : dans l’expérience du « Rat Park » d’Alexander et al. (1981), des rats vivant dans un espace vaste et avec des congénères buvaient moins d’eau morphinée. Les réplications ultérieures ont toutefois donné des résultats contrastés.

Au total, l’addiction est un problème où s’entremêlent changements cérébraux, souffrance et environnement. C’est pourquoi les traitements associent souvent médicaments, accompagnement psychologique et reconstruction des liens. Plutôt que d’y voir un simple manque de volonté, demander de l’aide est le premier pas.

Récapitulatif

ExpressionUn diagnostic ?Ce que dit la recherche
Syndrome de Peter PanNonUn changement social qui allonge l’âge adulte émergent
Masque souriantNonJeu de surface et suppression liés à l’épuisement
Narcissisme numériqueNonAucune hausse du narcissisme confirmée
FatalismeNonLe sentiment de contrôle s’apprend et se reconquiert
Se faire passer en dernierNonL’autocompassion varie en sens inverse de la dépression et de l’anxiété
AddictionOui (substances, jeu, etc.)Changements cérébraux, souffrance et environnement agissent ensemble

Références

  • Kiley, D. (1983). The Peter Pan Syndrome: Men Who Have Never Grown Up. Dodd, Mead.
  • Arnett, J. J. (2000). Emerging adulthood: A theory of development from the late teens through the twenties. American Psychologist, 55(5), 469–480.
  • Hochschild, A. R. (1983). The Managed Heart: Commercialization of Human Feeling. University of California Press.
  • Hülsheger, U. R., & Schewe, A. F. (2011). On the costs and benefits of emotional labor: A meta-analysis of three decades of research. Journal of Occupational Health Psychology, 16(3), 361–389.
  • Gross, J. J., & John, O. P. (2003). Individual differences in two emotion regulation processes: Implications for affect, relationships, and well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 85(2), 348–362.
  • Twenge, J. M., et al. (2008). Egos inflating over time: A cross-temporal meta-analysis of the Narcissistic Personality Inventory. Journal of Personality, 76(4), 875–902.
  • Wetzel, E., et al. (2017). The narcissism epidemic is dead; long live the narcissism epidemic. Psychological Science, 28(12), 1833–1847.
  • Sorokowski, P., et al. (2015). Selfie posting behaviors are associated with narcissism among men. Personality and Individual Differences, 85, 123–127.
  • Rotter, J. B. (1966). Generalized expectancies for internal versus external control of reinforcement. Psychological Monographs, 80(1), 1–28.
  • Maier, S. F., & Seligman, M. E. P. (2016). Learned helplessness at fifty: Insights from neuroscience. Psychological Review, 123(4), 349–367.
  • Roberts, B. W., Walton, K. E., & Viechtbauer, W. (2006). Patterns of mean-level change in personality traits across the life course. Psychological Bulletin, 132(1), 1–25.
  • Neff, K. D. (2003). Self-compassion: An alternative conceptualization of a healthy attitude toward oneself. Self and Identity, 2(2), 85–101.
  • MacBeth, A., & Gumley, A. (2012). Exploring compassion: A meta-analysis of the association between self-compassion and psychopathology. Clinical Psychology Review, 32(6), 545–552.
  • Maté, G. (2008). In the Realm of Hungry Ghosts: Close Encounters with Addiction. Knopf Canada.
  • Volkow, N. D., Koob, G. F., & McLellan, A. T. (2016). Neurobiologic advances from the brain disease model of addiction. New England Journal of Medicine, 374(4), 363–371.
  • Heilig, M., et al. (2021). Addiction as a brain disease revised: Why it still matters, and the need for consilience. Neuropsychopharmacology, 46(10), 1715–1723.
  • Alexander, B. K., Beyerstein, B. L., Hadaway, P. F., & Coambs, R. B. (1981). Effect of early and later colony housing on oral ingestion of morphine in rats. Pharmacology Biochemistry and Behavior, 15(4), 571–576.